De nouveaux soutiens pour la Charte laïque québécoise
Trois associations laïques hors-Québec se prononcent favorables

David Rand, 2014-03-27

Cela a pris un certain temps, mais récemment trois associations laïques du Canada hors-Québec se sont prononcées favorables à la Charte laïque québécoise (projet de loi 60).

Dans un communiqué de presse daté le 19 février 2014, les deux associations Secular Ontario[1] et Quinte Secular Humanist Association[2] ont indiqué qu’elles venaient d’envoyer une lettre d’appui à Monsieur Bernard Drainville, ministre québécois responsable des Institutions démocratiques et de la Participation citoyenne, afin d’exprimer leurs soutiens pour la Charte. En particulier, Secular Ontario s’est réjoui de cette législation proposée qui constitue, selon eux, une démarche « inclusive » tant pour les Québécois que pour les Canadiens. « À notre avis, le retrait des symboles prosélytes de la sphère publique favorise l’équité pour l’ensemble des citoyens. »

Dans sa lettre adressée au ministre Drainville, Secular Ontario affiche une bonne compréhension de l’importance de la disposition la plus controversée de cette Charte, soit la prohibition du port de signes religieux par les fonctionnaires publics au travail :

Les signes religieux sont des signes du passé, ils appartiennent à l’histoire mais n’ont pas lieu dans un Canada laïque. Notre Charte des droits et libertés stipule que nous avons la liberté « de conscience et de religion ». Nous appuyons votre effort d’ancrer l’esprit de notre Charte nationale dans la législation provinciale, comme le souhaitent la majorité des Québécois. [...]

La représentation visuelle de signes religieux relève du marketing. Une démocratie laïque est consciente de la nature insidieuse de la publicité. L’usage des signes dans les institutions provinciales est discriminatoire et peut être jugé oppressif. Qui plus est, utiliser le port de tels articles comme burqa, cape, couvre-tête et pareils, pourrait être interprété comme l’aval, de la part du gouvernement, au comportement d’un dogmatisme spécifique. [...]

Nous espérons que l’initiative québécoise s’étendra sur toute la société canadienne. (Il se pourrait que la presse négative, de la part des détracteurs de la Charte, provienne de l’envie qu’ils éprouvent devant la nature courageuse de la Charte et de son leadership.) La force de notre nation s’appuie sur la diversité et sur l’inclusion. Nous sommes convaincus que la Charte de la laïcité aide à résoudre une juxtaposition difficile. Puissent d’autres provinces se tourner vers le Québec pour le leadership ! Bien que cela ne constitue pas le but de la Charte, ce serait là néanmoins un résultat louable.

Par la suite, la lettre demande au ministre des éclaircissements relatifs à la question de la sécurité d’emploi des employés actuels au moment de l’entrée en vigueur de la loi.

Plus récemment, l’organisme national Humanist Canada a exprimé son soutien pour la Charte. Dans le plus récent numéro du bulletin Canadian Humanist News[3], nous apprenons du président Simon Parcher que le Conseil de cette association appuie unanimement la Charte.

Simon Parcher poursuit en résumant d’une manière à la fois simple et efficace l’importance de cette législation pour les humanistes et les laïques. Selon lui, il est inconcevable qu’un groupe humaniste n’accorde pas son appui aux cinq sections de la Charte, car celles-ci constituent un schéma raisonnable pour une société laïque composée de nombreuses religions et groupes ethniques. En effet,

La disposition de la Charte la plus controversée est celle qui interdit le port et l’affichage de signes religieux lors de la prestation de certains services publics. Il ne s’agit que d’une petite partie de l’ensemble du document. Puisque les gens de toutes croyances religieuses seraient traités de manière égale, la Charte n’est pas discriminatoire et les accusations de racisme ne sont pas pertinentes. Il est vrai que les chartes des droits canadienne et québécoise garantissent la liberté d’expression religieuse, mais ils permettent aussi aux gouvernements de faire des exceptions. Le Conseil de Humanist Canada estime que certaines limites aux libertés personnelles sont nécessaires afin d’équilibrer les droits individuels et le bien public. (trad. : D.R.)

Nous félicitons Secular Ontario, Quinte Secular Humanist Association et Humanist Canada pour leur prises de position cohérentes sur cette question d’une importance primordiale pour les laïques.

Liens

  1. Site internet de Secular Ontario, incluant leur communiqué de presse conjoint avec la Quinte Secular Humanist Association.
  2. Site internet de la Quinte Secular Humanist Association.
  3. Canadian Humanist News, printemps 2014, éditorial de Simon Parcher, président de Humanist Canada.

Ce texte est aussi disponible en format PDF.